presse


  Allocution de Catherine Tasca
à l'occasion de la présentation du bicentenaire
de la naissance de Victor Hugo à la Comédie Française
lundi 26 novembre 2001

Mesdames,
Messieurs,

Je suis très heureuse de vous accueillir ce soir, à la Comédie française, pour le lancement officiel de la célébration du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo.
La figure de Hugo, dont notre pays avait commémoré en 1985 le centenaire de la mort, est suffisamment riche pour que, moins de vingt ans plus tard, nous puissions remonter en sa compagnie le cours du passé et trouver encore dans son oeuvre des éclairages précieux pour la compréhension de notre présent. En effet, les combats politiques et sociaux menés par Hugo au dix-neuvième siècle, de même que les défis esthétiques qu'il a lancés, rencontrent aussi certaines des aventures et des interrogations de notre temps.

Je songe par exemple au rejet de l'oppression et de l'esclavage, à celui de la peine de mort, au refus du pouvoir absolu qui lui a fait préférer l'exil à toute forme de compromis, à la défense des faibles, en particulier des femmes et des enfants. Nous reconnaissons chez Victor Hugo les valeurs qui fondent notre République. Nous les savons, à travers le monde, en ce vingt et unième siècle, menacées. La parole de Hugo sera entendue tout au long de l'année 2002 à travers spectacles et colloques, certes, mais aussi dans l'invitation adressée aux jeunes de notre pays et du monde entier à relire son œuvre.

Ce soir, et en ce lieu, n'est-il pas naturel de commencer par évoquer le dramaturge ? Avec Cromwell et la préface qui l'accompagne, Hugo lance en 1826-1827, son manifeste esthétique pour la liberté au théâtre et, d'une certaine manière, la liberté par le théâtre. Puisant dans l'histoire pour éclairer tout ensemble le passé et la réalité contemporaine, plaidant à la fois pour une écriture élevée, "élitaire", dirions-nous aujourd'hui, et pour l'usage du "grotesque" comme image de la réalité populaire, Victor Hugo, par son théâtre, a rêvé de rapprocher des mondes séparés et de les transformer. On sait les déconvenues qu'il a subies.

On connaît ses hésitations entre, tour à tour, le public du Théâtre français et celui de la Porte Saint-Martin. On se souvient qu'insatisfait des deux, il crée avec Alexandre Dumas, une scène nouvelle que les deux amis voulaient dédiée au drame romantique, celle du Théâtre de la Renaissance qu'il inaugure, en novembre 1838, avec Ruy Blas. Je suis donc reconnaissante à Marcel Bozonnet et à Brigitte Jaques d'avoir produit et mis en scène pour cette occasion, la pièce probablement la plus connue de Victor Hugo. Celle, sans doute, où les traits de son théâtre sont les plus marqués, et sont incarnés dans des héros que l'histoire brise et dépasse. Un théâtre dont Anne Ubersfeld a montré qu'il portait en germe "la volonté d'un Brecht d'éclairer l'histoire ou le sens de la cruauté d'un Artaud".

La commémoration de Victor Hugo nous mobilisera très largement l'année prochaine. Nous devrons cette mobilisation à l'impulsion initiale donnée par l'Association des amis de Victor Hugo que préside Marie Hugo. Des comités se sont créés, à l'initiative d'Hubert Védrine, de Jack Lang, de Bertrand Delanoë et de Jean-Louis Fousseret, député-maire de Besançon. Pour ma part, j'ai confié la présidence du comité national que j'ai installé à la rentrée à Bertrand Poirot-Delpech.

Je le remercie très vivement d'avoir accepté cette responsabilité, ainsi que les éminentes personnalités qui l'ont rejoint et se sont pleinement engagées dans la préparation de la commémoration. Le comité national s'est donné pour objet de coordonner l'ensemble des initiatives qui sont prises en France et à l'étranger, de rassembler les énergies et les moyens qu'elles requièrent et, surtout, de donner de cette célébration une image qui soit digne de Victor Hugo. Comme il se doit, la "naissance" du bicentenaire aura lieu à Besançon, le 25 février prochain, à la veille de l'anniversaire de Victor Hugo. Je vous invite d'ores et déjà à retenir cette date. Notre ambition, tout au long de l'année, sera de donner Victor Hugo en partage au peuple de France et à tous les démocrates du monde.

De faire entendre son message qui nous est plus que jamais nécessaire. Je laisse à présent à Bertrand Poirot-Delpech le soin de nous préciser comment il entend, avec le comité, mettre en œuvre cette ambition.

Et, bien sûr, je souhaite à chacune et à chacun d'entre vous, de passer une excellente soirée.